Lady Rojas Benavente

Pays d'origine:

Pérou

Thèmes:

Citoyenneté, Immigration, Francophonie, Identité et patrimoine, Multiculturalisme et diversité, Adaptation à la vie au Canada

Photos:

  • Browse while you listen: images with relate to audio

Montrer/cacher le résumé


Histoire

Je suis en train d'écrire un livre de poèmes sur le sujet « Nous transitons ». Ce qui me permet d’aller à la rencontre des ressources humaines et culturelles que j’ai trouvées ici au Canada au contact des Canadiens et d’autres immigrants qui, comme moi, ont commencé à apprivoiser peu à peu le pays, les gens, la famille, les langues officielles, le travail, les habitudes et les traditions, les lois, les valeurs sociales et les manifestations artistiques, entre autres.

Un premier volet de mon écriture, « Je et les autres », se penche sur le choc culturel à mon arrivée au Québec en 1975, en tant qu’immigrante du Pérou, un pays latino-américain qui commençait à être déjà ménaçant pour la survie. Je vais explorer les questions suivantes tout en abordant en particulier des thèmes comme:

- ce que je pouvais offrir comme professeur de langue et de littératures espagnoles à ce pays d’adoption,

- mon expérience de vie pouvait-elle servir à me débrouiller dans ce pays qui avait ouvert les bras aux Chiliens exilés,

- ma condition de femme étrangère me permettrait-elle de me situer et de me faire une place au Québec sans me sentir diminuée face aux autres,

- quels ont été les sentiments vis-à-vis des difficultés qui découlent de transiter dans un autre espace qui n’est pas encore le sien,

- quel projet pouvais-je envisager pour m’adapter à des conditions si différentes de mon pays d'origine,

- comment l’écriture est venue à ma rescousse quand je me suis sentie seule au monde,

- quelles formes discursives expriment mieux l’exil extérieur et intérieur,

- comment la langue espagnole et française ont commencé à m’aider pour sortir de l’isolement,

- d’où vient la force du conflit intrasubjectif si ce n'est d’établir des rapports avec les autres, et qui suis-je par rapport à autrui.

Un deuxième volet de l’écriture, « Les autres et moi » trace la démarche de mes paroles comme un pont pour rejoindre autrui et me situer en tant que citoyenne canadienne, professionnelle et écrivaine. J'aborderai dans ce volet les thèmes suivants:

- comment, en essayant d’aller vers les autres, vais-je résoudre les conflits intersubjectifs,

- qui est celui qui m’observe et me regarde comme différente et dérangeante,

- qui est celui qui communique avec moi par la langue française ou des gestes de solidarité en tendant la main?

- comment l’existence francophone a-t-elle pu me façonner au point de devenir une écrivaine en langue espagnole et française?

- quelles ont été les premières images que le Québec m’a présentées de son territoire et de son histoire, de sa culture et de sa société particulière, de sa littérature et de son folklore,

- quelles possibilités de développement offrait-elle la province de Québec à une femme comme moi et à bien d’autres immigrants,

- de quelle façon les cours de français donnés par le Centre d’orientation et de formation des immigrants m’ont-ils permis d’étudier, de comprendre et de maîtriser la langue et les diverses manifestations discursives dans la pratique quotidienne, les études supérieures et la recherche d’un emploi.

Le troisième et dernier volet poétique de « Nous transitons » s'efforcera de comprendre si les rapports avec les autres sont nécessairement de l’ordre du conflit permanent que nous ne pouvons résoudre ou si au contraire, nous sommes capables de nous accepter et d’accepter les autres:

- quels ont été les moyens socioculturels qui m’ont aidée à découvrir ma propre identité ainsi que la richesse de ma langue en me confrontant à l’identité des citoyennes et citoyens du Québec,

- quand est-ce que je commence à m’ouvrir à autrui d’une façon spontanée,

- puis-je affirmer que je fais partie du peuple québécois,

- dans ce processus de développement social la maîtrise de la langue, le facteur de la communication et ses codes linguistiques ont-il quelque chose à voir,

- depuis quand est-ce que je me sens péruvienne et canadienne ?

En écrivant des poèmes j’ai réalisé que comme être humain inachevé qui a vécu à l’intérieur de la société québécoise pendant presque 30 ans, j’ai eu besoin d’autrui pour bâtir une nouvelle identité dans la mesure où cette altérité amène des conflits et la nécessité de les résoudre. Je crois sincèrement que si nous pouvons accepter la dialectique du conflit nous pouvons progresser et cheminer ensemble. D’une façon symbolique, l’écriture des poèmes et des contes a contribué énormément à ce que je puisse surmonter les déchirements que ressent une personne exilée, de me sentir en confiance avec moi-même et les autres, de pouvoir contribuer à la naissance d’une identité plurielle où les langues maternelle et française ont une place importante dans mon devenir.

Ce projet d’écriture « Nous transitons » me permettra pour la première fois d’élargir mes horizons sur le plan créatif, de rentrer en contact avec d’autres immigrants qui écrivent et d’échanger avec eux. J’ai toujours écrit par amour de la langue quand j’avais du temps libre et j’ai aidé d’autres personnes à réaliser leurs rêves de publications en repoussant mes projets au lendemain.

J’ai l’intention en écrivant ce livre de poèmes de continuer ma démarche artistique et de la faire connaître à la communauté latino-américaine de Montréal, du Québec et d’ailleurs avec l’idée que nous pouvons aussi contribuer au rayonnement de la culture québécoise ici et ailleurs. Mais pour venir au bout de mes rêves, j’ai besoin de l’appui d’un organisme comme le vôtre, Passages vers le Canada.